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Emmanuel Macron doit donner des gages à la société civile

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Faute d’une ambition forte en termes d’ouverture politique et de participation citoyenne, l’élection du candidat d’En Marche pourrait rapidement tourner au désenchantement.

Il faudra du temps pour juger la portée du vote du 23 avril dernier. D’abord, parce que l’option Macron doit encore être confortée au second tour de l’élection présidentielle, puis lors des législatives du mois de juin. Ensuite, parce que nul ne sait si Emmanuel Macron saura mieux que ses prédécesseurs mettre en œuvre des réformes politiquement délicates. L’énergie, le courage et la volonté réformatrice du futur chef de l’Etat seront soumis à des résistances fortes et organisées. Le bras de fer ne fait que commencer…

Sur le plan politique en revanche, le vote du 23 avril pourrait impliquer une rupture rapide, en permettant un renouvellement démocratique. Renouvellement du personnel politique, avec l’avènement de figures issues de nouveaux horizons. Renouvellement de nos institutions également, en redonnant aux citoyens la faculté de faire entendre leur voix sur le processus des réformes – et non pas seulement à l’heure des grandes messes électorales.

C’est sur cette double promesse d’une démocratie renouvelée et plus ouverte aux citoyens que l’alternance Macron pourra changer la donne dans notre pays. Pour permettre un renouvellement de la classe politique, celle-ci doit faire le compromis entre les anciens et nouveaux mondes qui cohabitent au sein d’En marche. L’ancien monde est essentiel au candidat Macron, notamment dans la perspective de la constitution d’une majorité parlementaire crédible.

Entre négociations et arbitrages

Ainsi, les négociations ont déjà commencé avec la cohorte d’élus PS et UDI qui a trouvé son nouvel homme providentiel. L’ancien monde, c’est aussi les conseillers ministériels du quinquennat Hollande, et surtout les camarades énarques de la promotion Léopold Sédar Senghor. Un microcosme au cœur du futur organigramme du pouvoir, sur lequel Emmanuel Macron comptera, s’il est élu.

Mais il importe que le nouveau monde trouve aussi sa place. Qu’au lendemain du second tour, les nombreux volontaires d’En marche ne soient pas aimablement renvoyés à leur foyer, au prétexte qu’il faut faire place nette aux professionnels de la politique et à la haute administration.

Pour le candidat, les arbitrages douloureux et complexes ont déjà commencé par la désignation des candidat-e-s aux élections législatives. Plus que tout autre programme, la place que Macron laissera aux personnalités issues de la société civile dans ses listes sera le révélateur de sa capacité à faire de son éventuel quinquennat une césure politique.

Sur le plan institutionnel, les engagements du candidat seront également décisifs. Emmanuel Macron a fait part de son souhait d’organiser un référendum sur l’avenir de l’Europe. Mais acceptera-t-il de véritablement tourner la page de la monarchie républicaine, et de partager le pouvoir présidentiel avec les Français ? Souhaitera-t-il donner voix à l’aspiration grandissante à la participation citoyenne ? L’établissement du référendum d’initiative populaire, ou de l’amendement citoyen, constituerait en ce sens un premier pas, si les conditions associées à l’usage de ces dispositifs ne les rendent pas inapplicables.

Quelle solution faut-il envisager ?

Notre économie a besoin d’une nouvelle politique de la concurrence, et non d’une déréglementation accrue des marchés. Une libéralisation non réfléchie se traduirait en effet par des défaillances de marché et inexorablement par une re-réglementation souvent inefficace. Il s’agit de repenser la concurrence comme un espace de liberté et de création d’opportunités pour tous. La concurrence est aussi un outil de partage du pouvoir économique, tout comme la démocratie et la séparation / équilibre des pouvoirs est un outil de partage du pouvoir politique.

La finalité de la politique de la concurrence ne doit donc pas seulement être économique, mais bien politique. Comme le rappellent les instances européennes, elle doit permettre d’instaurer un level playing field, et garantir l’ouverture des marchés face aux pouvoirs publics, mais aussi aux pouvoirs privés économiques actuellement dominants. C’est la condition nécessaire à la reprise de l’investissement, et à la réalisation des objectifs d’efficacité de long terme.

Un parlement des internautes

Mais les réformes en la matière pourraient être plus audacieuses encore. Ainsi, le think tank bipartisan «le Jour d’après» a récemment préconisé l’instauration d’un Parlement des internautes, qui donnerait aux citoyens internautes les moyens de se concerter et de décider collectivement sur l’avenir de l’espace numérique français. Un tel mécanisme serait susceptible de renforcer la souveraineté numérique de la France et les droits fondamentaux des Français en ligne, mais également d’ouvrir un espace institutionnel à la participation directe des citoyens.

Les enjeux de ces réformes institutionnelles sont essentiels tant pour l’avenir du pays que pour le succès du projet présidentiel de l’ancien ministre des finances face à l’extrême droite.

Il s’agit de savoir si Emmanuel Macron est en mesure d’établir une alternative populaire au populisme qui guette. S’il parvient à fonder son action sur le concours des Français, pour surmonter les nombreux obstacles qui ne manqueront pas d’entraver ses velléités réformatrices. Ou si, finalement, il choisit de se conformer aux habitudes, en s’enfermant dans les palais de la République avec quelques hauts fonctionnaires et caciques de la politique.

Faute d’une ambition forte en termes d’ouverture politique et de participation citoyenne, la «magie» de l’élection, que revendique le candidat Macron, pourrait rapidement tourner au désenchantement à l’épreuve du pouvoir. Après tant de promesses de la part de tant d’aspirants à la présidence, la «mystique» du pouvoir ne convainc plus – M. Macron doit donner des gages à la société civile. Et montrer précisément comment il entend lui donner une place plus importante dans le fonctionnement de notre démocratie, de sorte que nos institutions puissent résister aux tentations de l’immobilisme et de la démagogie.

Tribune publiée par le JDA dans Libération le 25 avril 2017 – retrouvez la ici.

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